Varlam Chalamov au Matricule des anges

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Récits de la Kolyma

 

Varlam Chalamov naquit en tant qu'écrivain des amours monstrueuses du Petit Père des Peuples avec la marâtre nature de l'Extrême-Nord soviétique.

 

Votre visage jusqu'à l'os

 

Varlam Tikhonovitch Chalamov (1907-1981) passa au total vingt-deux années dans différents bagnes de Kolyma, aux limites nord de l'Union Soviétique. Au terme de quelques péripéties éditoriales, l'ensemble des textes consacrés à cette période furent traduits en trois tomes chez François Maspero de 1980 à 19821, puis repris en un volume -augmenté de douze nouvelles inédites- par La Découverte et Fayard en 1986 sous le titre : Récits de Kolyma.
Le récit inaugural -intitulé Sur la neige, s'ouvre sur une question d'apparence incongrue : "Comment peut-on tracer une route dans la neige?" qui éveille bientôt d'étranges résonances : "Un homme marche en tête, suant et jurant, il se déplace à grand-peine et s'enlise constamment dans la neige molle et profonde.
Il s'en va loin devant, et des trous noirs et irréguliers jalonnent sa route (...) C'est le premier homme qui a la tâche la plus dure, et quand il est à bout de forces, un des cinq hommes de tête passe devant." Ce premier de cordée se confond bien entendu avec l'auteur lui-même et la neige avec une métaphore aveuglante de la feuille blanche. Au moyen des Récits de Kolyma, Chalamov s'est frayé un chemin -un chemin de croix-, à travers des contrées inexplorées, vers des abîmes insoupçonnés de l'âme humaine, jusqu'à une "planète" froide, ainsi que les détenus surnommaient Kolyma ("Kolyma, Kolyma, ô planète enchantée :/L'hiver a douze mois, tout le reste c'est l'été") peuplée d'extraterrestres squelettiques, plus morts que vifs, et réduits en esclavage au nom d'un principe empreint d'une monstrueuse ironie : "Le travail est une question d'honneur, de gloire et d'héroïsme."

Dans la hiérarchie de ces damnés de la terre gelée, Chalamov appartenait en outre à la caste des réprouvés, celle des prisonniers politiques, en butte non seulement aux persécutions de la chiourme stalinienne, mais aussi soumis aux brimades et aux agressions des condamnés de droit commun, paradoxalement traités comme les enfants chéris du régime sous ces latitudes extrêmes : "...ceux qui avaient commis des crimes dans la vie courante ou dans leur travail, tout comme les voleurs récidivistes, étaient considérés comme des "amis du peuple" qui devaient être rééduqués au lieu de subir un châtiment""..
Il existe une abondante littérature concentrationnaire, mais Chalamov a connu la rare infortune de traverser tous les cercles de l'enfer terrestre, avant de parvenir au dernier : les mines d'or des confins arctiques, où il était courant de travailler jusqu'à complet épuisement par moins cinquante degrés. Il ne manque d'ailleurs pas de railler au passage le style pleurnichard de Dostoïevski à propos des tourments autrement plus supportables qu'il avait endurés au bagne ("Dans la "maison des morts", il n'y avait pas Kolyma"), ni de noter que les travaux forcés infligés aux rebelles décembristes par Nicolas 1er en 1825 correspondaient à des normes d'extraction de minerai... trois cents fois inférieures à celles en vigueur à Kolyma.
De même, telle ou telle réflexion annoncent les futures divergences avec d'autres victimes des camps et notamment avec Soljenitsyne (voir recension de leur Correspondance (Verdier 1995) dans MdA n° 14) qui trouvent leur origine dans les conditions de détention bien différentes des deux hommes : "Le camp, c'est une école négative de la vie, en tous points. Personne n'en retirera jamais rien d'utile ou de nécessaire." Tout espoir, toute possibilité de rédemption se voient jetés aux vents mauvais de la Taïga. Chalamov est un homme qui marche seul.

Par ailleurs, et surtout, son maître livre ne ressortit pas à ce genre d'écrits où, pour reprendre le constat désabusé de Predrag Matvejevitch, "l'on trouve plus de dissidence que de littérature". Ces récits dépouillés, cette prose décharnée constituent un chef-d'oeuvre tel qu'il ne s'en écrit pas dix par siècle. "Ce ne sont pas des choses qu'on lit. On s'y plonge, on ne peut s'en arracher." écrit AndréÏ Siniavski dans sa préface, non sans avoir au préalable stigmatisé un peu plus encore la singularité de cet ouvrage en assimilant la tentation d'en abandonner la lecture à un acte de traîtrise! Le lecteur se trouve ainsi placé dans la position infamante et inattendue de celui qui refuserait de relayer l'éclaireur du texte d'ouverture.
Une des possibles lectures des Récits de Kolyma est d'ordre "géologique", ce qui revient à examiner l'épais mélange de sang, de sueur, de larmes, de cruauté et de paranoïa qui s'accumula durant vingt-deux années en strates successives au-dessus du permafrost sibérien et dont se nourrissait le Moloch de l'Extrême-Nord : éviction de Beria, assassinat de Kirov, complot des blouses blanches, purges de 1937-1938, épurations tous azimuts et même épuration des épurateurs... Mais l'essentiel est ailleurs. Peut-être dans la manière impitoyable dont Chalamov parvint à classifier, tel un Mendeléev du Goulag, les quelques instincts primaires auxquels se trouve résumé l'Homme parvenu au stade ultime du dénuement physique et existentiel ("Tout ce qui lui était cher est réduit en cendres, et la civilisation et la culture s'envolent en un temps record qui peut se compter en semaines.") puis à composer d'inoubliables tragédies miniatures en combinant ces éléments fondamentaux. Ou, plus sûrement encore, dans la bouleversante dilatation de son être à la mesure des immensités glacées qui le cernaient. Chalamov a identifié son écriture à la tâche d'un arpenteur des neiges sibériennes, et sa propre personne "au seul arbre qui reste toujours vert, toujours vivant : le pin nain." Tout comme lui, Chalamov demeura enterré vif durant son hibernation de près d'un quart de siècle, et tout comme ce conifère se redresse lorsqu'il confond un réchauffement passager avec le printemps, l'enfant de Vologda releva la tête au moindre signe de vie : "Je pensais à cette femme qui était passée près de nous, la veille (...) Elle nous avait montré le ciel, un coin de firmament en criant : "Bientôt les gars, bientôt!" Je ne l'ai jamais revue mais je ne l'oublierai jamais. Je n'oublierai jamais comme elle a su nous comprendre et nous consoler. En désignant le ciel, elle ne pensait pas du tout à l'au-delà. Non, elle nous montrait simplement que le soleil invisible était en train de se coucher à l'ouest et que la journée de travail touchait à sa fin. Elle nous avait redit à sa façon les mots de Goethe sur les cimes des montagnes."
Un jour qu'un supérieur du camp lui demanda de rédiger une requête larmoyante, Chalamov fit la découverte suivante : "Je n'avais pas pu extraire de mon cerveau desséché un seul mot inutile (...) et ce n'était pas parce que mon cerveau était fatigué et à bout de forces, mais parce qu'au siège de la mémoire, là où il y a des adjectifs enflammés, je n'avais plus rien que la haine." L'oeuvre de Chalamov ressemble aux derniers portraits connus de l'auteur, peu avant sa mort dans un hospice de vieillards : la peau et les os.

À signaler aussi Les Cahiers de la Kolyma (Nadeau, 1991) qui rassemble des poèmes écrits pendant et après la détention de Chalamov ainsi qu'un essai autobiographique aussi bref que précieux : Fragments de mes vies.

 

Éric Naulleau

 

1 Quai de l'Enfer, La Nuit (tous deux repris en livre de poche-Biblio) et L'Homme transi.

 

Récits de Kolyma
Varlam Chalamov
Traduit du russe par
Catherine Fournier
La Découverte/Fayard
1200 pages, 260 FF

 

Le Matricule des anges, N° 17, sept-oct. 1996

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Les Années vingt

 

Deux témoignages essentiels sur les premières années du pouvoir bolchevique paraissent simultanément. Souvenirs d'un bref âge d'or littéraire par Varlam Chalamov et Korneï Tchoukovski.

 


Ce fut en 1962, à la demande d'un éditeur, que Varlam Chalamov entreprit de rassembler ses souvenirs sur les années 20. Si toutes ces pages semblent participer d'une effervescence et d'un enthousiasme post-révolutionnaires pourtant depuis longtemps révolus, il faut préciser que l'auteur venait de passer près d'un quart de siècle en hibernation dans les confins du goulag sibérien, expérience dont il fit la matière du chef-d'oeuvre de la littérature concentrationnaire : Les Récits de Kolyma. Le rôle du Prince charmant échut à Kroutchev, inspirateur d'un bref dégel idéologique, et l'enfant de Vologda se réveilla avec une foi intacte dans les idéaux de sa jeunesse : "les luttes sociales" et "la littérature", double préoccupation ainsi exprimée : "Toute ma vie s'est résumée à honorer deux divinités, celle du devoir et celle de la prophétie."
La seconde moitié du livre -qui donne son titre à l'ensemble- vaut essentiellement pour une précieuse nomenclature des personnalités et des mouvements littéraires du moment, mais Chalamov parvient si habilement dans la première partie à mêler éléments autobiographiques et aperçus sur l'atmosphère survoltée qui régnait alors dans "Moscou en pleine ébullition" que certains passages soutiennent la comparaison avec les meilleures pages de ses oeuvres maîtresses comme La Quatrième Vologda. Les idées révolutionnaires évoquent ici une matière en fusion dont aucun moule n'aurait encore déterminé la forme définitive, dans la mesure où les débats en cours portaient aussi bien sur la place de l'intelligentsia dans le nouvel ordre soviétique... que sur la question de savoir si les femmes pouvaient continuer à se parfumer. La chiourme stalinienne se chargea en plusieurs temps de tarir "cette vague de liberté qui saoula d'oxygène l'année dix-sept" mais Chalamov ressemble à ces pins du Grand Nord qui ne s'enterrent sous la neige Que pour mieux se redresser au moindre signe de réchauffement. Un séjour de vingt-deux ans dans le dernier cercle de l'enfer terrestre s'avéra insuffisant pour briser cet homme d'exception ou émousser une plume qu'il maniait redoutablement, ainsi qu'en atteste ce jugement sur Romain Rolland, l'un de ces intellectuels occidentaux pro-soviétiques que Lénine désignait sous le terme générique d'"imbéciles utiles" : "En somme, pour nous, tout ce qu'il y avait de pire à l'époque dans la littérature et l'intelligentsia de l'Occident était incarné par Romain Rolland. (...) En lisant récemment une biographie d'Apollinaire, j'ai été ravi d'apprendre que celui-ci aurait divorcé parce que sa femme, dans une lettre, avait fait l'éloge de Romain Rolland. Je comprends parfaitement Apollinaire. Et je lui serre la main."Célébrissime auteur pour enfants dans son pays, critique et traducteur réputé, familier, entre autres, de Gorki, Maïakovski, Chlovski, Zamiatine, Akmatova et Blok, Korneï Tchoukovski demeure pourtant à peu près inconnu en France1. Dans cette perspective, la traduction du premier volume de son Journal constitue à la fois l'opportunité de faire connaissance avec une personnalité très attachante, de découvrir maints aspects méconnus de certains des contemporains capitaux déjà cités et de revivre au jour le jour la naissance, l'enfance puis l'âge ingrat d'un pays appelé jadis Union soviétique.À mesure que l'on avance dans la lecture de cet ouvrage -qui se dévore comme un roman d'aventures, une certitude s'impose : Korneï Tchoukovski devait avoir de l'encre à la place du sang. En dépit d'une santé fragile, compliquée par un soupçon d'hypocondrie, et d'incessantes difficultés matérielles, ses livres pour la jeunesse alternent avec des essais et des traductions, les conférences succèdent aux articles critiques. À ce dernier sujet, l'auteur du Crocodile se déleste bien vite des afféteries stylistiques et d'une certaine mièvrerie juvénile pour se révéler un exégète de première force, si l'on en juge notamment par cette appréciation émise vers 1908 : "Je lis Berdiaev. Il a une particularité : sa page 12 est toujours ennuyeuse et morne. C'est mauvais signe. car tout le monde peut écrire dix pages, mais la onzième et la douzième sont les plus dures."Pour d'évidentes raisons de sécurité, Tchoukovski s'abstient autant que possible de tout jugement politique, voire même de toute référence directe à l'actualité. Plusieurs passages possèdent cependant une inestimable valeur historique, à commencer par la veillée funèbre du marin dont l'assassinat provoqua l'insurrection du Potemkine ou cette réflexion sur Gorki qui jette une lumière crue sur les rapports complexes que ce dernier entretenait avec les nouveaux maîtres du Kremlin, dont il était pourtant officiellement l'enfant chéri : "Il dit toujours ils à propos des bolcheviks. Il n'a pas dit une seule fois nous. Il en parle toujours comme s'il s'agissait d'ennemis." De même, une confidence du 21 janvier 1928 permet de dater avec précision l'instant où le bras de fer entre écrivains et idéologues tourna définitivement à l'avantages des seconds : "Finalement, ils n'interdisent pas beaucoup de livres (...) pour la bonne raison que nous nous sommes laissés pervertir, que nous nous sommes adaptés et que nous n'arrivons pas à écrire quoi que ce soit de spontané et de sincère."

Au gré de cet extraordinaire herbier littéraire, patchwork de portraits sans concessions, de choses vues, de croquis sur le vif, de mots d'enfant, de citations ou d'histoires juives de Maïakovski, sans oublier les comptes-rendus des démêlés ubuesques de notre écrivain avec la censure (mention spéciale au caviardeur qui, dans un conte de Tchoukovski, jugea "antirévolutionnaire" le comportement d'un poussin se réfugiant sous l'aile de sa mère), certains fragments textuels brillent d'un éclat singulier. L'on pense notamment à la visite que Tchoukovski se décide enfin à rendre à une actrice, pour apprendre qu'elle s'est défenestrée trois jours auparavant ou à cette lettre adressée à Gorki en 1919 : "Cher écrivain, n'y aura-t-il pas une amnistie à l'occasion de l'éminente commémoration de vos cinquante ans? Je suis en prison parce que j'ai tué ma femme -quatre jours après notre mariage; je venais de découvrir que j'étais impuissant, je n'avais pas pu lui ravir sa virginité. Ne pourrait-on pas décréter une amnistie?"

 

1 À signaler cependant un essai paru en français : Les Futuristes (L'Âge d'Homme)

 

Eric Naulleau, Le Matricule des anges N° 20, juillet-août 1997

 

Les Années 20 - Varlam Chalamov

Traduit du russe par Christiane Loré et Nathalie Pighetti-Harrison
Verdier - 192 pages, 98 FF


Journal 1901-1929 - Korneï TchoukovskI

Traduit du russe par Marc Weinstein
Fayard - 600 pages, 198 FF

 

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Bonjour,<br /> J'ai été tellement marqué par l'écriture de Chalamov, qu'un jour le texte ci-dessous est sorti tout seul. J'espère que vous ne trouverez pas déplacé que je vous l'envoie. Sinon je vous prie de<br /> m'excuser.<br /> Bien amicalement,<br /> Thierry Chanson<br /> <br /> <br /> Le pin nain<br /> <br /> <br /> Lorsqu’il se redressait, soulevant l’épaisse couche de neige qui le recouvrait, c’était normalement pour annoncer la fin de l’hiver polaire. Nous étions en Sibérie dans la région de Kolyma, où<br /> poussait le pin nain. Normalement ici il n’y avait pas d’homme. Il faisait beaucoup trop froid. Jusqu’à moins soixante degrés.<br /> Et pourtant, depuis quelques années, des cargaisons entières d’hommes avaient été déversées ici, comme des surplus d’humanité, des gens auxquels on n’accordait plus le droit de vivre, des gens qui<br /> venaient ici uniquement pour mourir. Car à Kolyma on ne vivait pas, on ne faisait qu’y mourir. Les prisonniers pouvaient bien parfois entendre battre leur cœur dans leur poitrine, mais cela n’était<br /> qu’une illusion, car tous se savaient déjà morts depuis longtemps : Kolyma, capitale du Goulag était l’Enfer sur Terre.<br /> Un groupe d’hommes avait allumé un grand feu, avec du bois ramassé par les détenus. Ils étaient assis en rond autour du feu, avec chacun son fusil à côté de soi. Pendant qu’ils buvaient une sorte<br /> de café chaud dans des tasses en métal, les détenus eux travaillaient à peine une centaine de mètres plus loin, à l’abattage d’une mine par un froid qui ce matin atteignait moins cinquante degrés<br /> Celsius. Ils étaient ce qu’on appelle des « crevards », c’est-à-dire des hommes qui n’en avaient plus pour longtemps. Après quelques semaines de travail à l’abattage d’une mine, n’importe quel<br /> homme vigoureux devenait un « crevard ». Et pendant que ces hommes s’efforçaient de briser la pierre gelée pour atteindre les quotas imposés, faute de quoi ils n’avaient pas à manger, d’autres<br /> hommes en habits de surveillant et représentant les autorités gouvernementales, buvaient tranquillement leur tasse de café chaud autour du feu.<br /> Mais ce matin le pin nain s’était réveillé, la chaleur du feu l’avait fait sortir de son long engourdissement hivernal. Lui qui passait l’hiver aplati contre le sol sous la neige, soudain avait<br /> redressé son tronc pour se relever et étirer ses branches. Pour lui c’était le printemps !<br /> Mais bien vite il sentit que quelque chose n’allait pas. Bien vite il eut l’intuition d’une supercherie. Bien vite il comprit que ce n’était là que le feu trompeur des hommes, que le feu allumé par<br /> les Gardiens de l’Enfer.<br /> Les branches de l’arbre se mirent alors à hurler : – Nous sommes encore en plein hiver polaire ! Oui en plein hiver polaire !<br /> Et l’arbre tout entier, son tronc, ses branches, comme si d’un seul coup il venait de comprendre que l’Enfer était sur terre et nulle part ailleurs, que l’Enfer c’était les Autres, s’écria : – Ah !<br /> mais dans quel monde me suis-je donc réveillé ! Oui, sur quelle réalité me suis-je donc ouvert !<br /> Et ses branches continuaient à hurler, comme si le feu et le froid s’étaient unis pour le détruire, comme si le feu des hommes ne l’avait réveillé que pour le livrer aux morsures du froid.<br /> Quelques instants plus tard, un des hommes qui était toujours assis autour du feu, et toujours en train de boire une sorte de café chaud dans une tasse en métal, se leva pour se dégourdir un peu<br /> les jambes. Il marcha jusqu’au pin nain. Là-dessus, il déboutonna sa braguette et se mit à arroser le tronc de l’arbre. C’est alors qu’il crut entendre une plainte, des gémissements, qui semblaient<br /> venir de l’arbre. Il s’empressa de reboutonner sa braguette, et s’en retourna vers ses collègues pour leur raconter ce qu’il avait cru entendre.<br /> Mais quand quelques minutes plus tard, ils voulurent eux aussi entendre ces gémissements, le pin nain venait juste de se recoucher dans la neige, et ce, avant même que le feu ne soit éteint.<br /> Il faisait froid, très froid. Le thermomètre devait avoisiner les moins cinquante degrés Celsius…
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